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Femmes Afro-descendantes : Une force panafricaine à découvrir

"Les femmes afro-descendantes portent une force encore sous-exploitée du panafricanisme." Cette affirmation, que j'ai choisie pour illustrer mon engagement, n'est pas un simple slogan. Elle reflète une réalité profonde et documentée : depuis des siècles, les femmes issues de la diaspora africaine ont contribué aux dynamiques politiques, culturelles et économiques du monde atlantique, des Antilles aux Amériques et à l'Europe, en lien constant avec le continent africain. Des figures emblématiques comme Suzanne Césaire, Maryse Condé, Gerty Archimède, Claudia Jones, Madam C. J. Walker ou Mary McLeod Bethune en témoignent avec éclat. Pourtant, malgré ces apports historiques, il persiste un écart flagrant : l'absence de cadres panafricains pensés spécifiquement depuis les réalités transatlantiques de ces femmes, où elles seraient non seulement présentes, mais organisées en force collective autonome.


Ce constat ne vise ni à opposer les luttes menées sur le continent africain, ni à minimiser les organisations existantes. Au contraire, il invite à nommer l'écart entre des contributions individuelles reconnues et leur faible structuration collective dans le panafricanisme contemporain. La force existe bel et bien ; le cadre pour la déployer pleinement reste à construire – et cela, à la suite du 9e Congrès panafricain de Lomé, tenu du 8 au 12 décembre 2025, qui a marqué un tournant dans le renouveau du panafricanisme. Ce congrès, sous le thème "Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales afin de mobiliser les ressources et se réinventer pour agir", ouvre une fenêtre idéale pour justifier et initier une Union panafricaine des femmes afro-descendantes, une structure autonome qui amplifierait leur voix et leur impact.


Mélina Seymour citation
Citation de Mélina Seymour : "Les femmes afro-descendantes portent une force encore sous-exploitée du panafricanisme."

Contributions historiques des femmes Afro-descendantes dans l'espace atlantique


Pour comprendre cette force sous-exploitée, il faut remonter aux racines des dynamiques atlantiques. Les femmes afro-descendantes n'ont pas seulement survécu aux traumatismes de l'esclavage et du colonialisme ; elles les ont transformés en actes de résistance et de création. Prenons Suzanne Césaire, écrivaine et activiste martiniquaise, qui, aux côtés de son mari Aimé Césaire, a enrichi le mouvement de la Négritude par ses écrits surréalistes et anticoloniaux. Dans ses essais publiés dans la revue Tropiques, elle célébrait l'identité multiculturelle caribéenne, critiquant les stéréotypes imposés par l'Europe et forgeant des liens intellectuels entre l'Afrique et les Antilles.


De même, Maryse Condé, auteure guadeloupéenne, a exploré l'histoire de la diaspora à travers des œuvres comme Ségou ou Moi, Tituba sorcière, mettant en lumière les trajectoires des femmes noires dans un monde marqué par la migration forcée et la résilience. Ses romans, traduits dans de nombreuses langues, ont contribué à une littérature panafricaine qui transcende les frontières, reliant les Amériques à l'Afrique subsaharienne.


Gerty Archimède, première avocate guadeloupéenne et deuxième femme noire élue à l'Assemblée nationale française en 1946, incarne l'engagement politique. Fondatrice de l'Union des femmes guadeloupéennes, elle a lutté pour les droits sociaux et l'égalité de genre aux Antilles, influençant les politiques postcoloniales et démontrant comment les femmes afro-descendantes pouvaient structurer des mouvements locaux avec une portée globale.


Au-delà des Caraïbes, Claudia Jones, activiste trinidadienne exilée aux États-Unis puis en Angleterre, a défendu les droits des Noirs, des femmes et des travailleurs. Fondatrice du journal West Indian Gazette et initiatrice du carnaval de Notting Hill, elle a tissé des réseaux transatlantiques contre le racisme et le capitalisme, préfigurant un panafricanisme inclusif.

Sur le plan économique, Madam C. J. Walker, entrepreneure afro-américaine du début du XXe siècle, a révolutionné l'industrie des soins capillaires pour les femmes noires, devenant la première millionnaire autodidacte aux États-Unis. Ses initiatives philanthropiques soutenaient l'éducation et les droits civiques, illustrant comment l'entrepreneuriat pouvait être un outil de libération collective.


Enfin, Mary McLeod Bethune, éducatrice et militante, a fondé le National Council of Negro Women en 1935, influençant les politiques fédérales américaines pour l'égalité raciale et de genre. Son travail avec la diaspora africaine et les leaders panafricains comme Kwame Nkrumah montre comment ces femmes ont maintenu des liens constants avec le continent.

Ces exemples, tirés de biographies et d'archives historiques, prouvent que les contributions des femmes afro-descendantes ne sont pas marginales ; elles sont centrales aux échanges atlantiques, mêlant politique, culture et économie.


Le paysage actuel du panafricanisme : Un écart à combler


Aujourd'hui, le panafricanisme contemporain, revitalisé par des initiatives comme l'Union Africaine et des mouvements diasporiques, reste largement centré sur le continent. Des organisations comme le African Women's Development Fund ou des réseaux féministes africains font un travail remarquable, mais elles peinent à intégrer pleinement les réalités transatlantiques des afro-descendantes, marquées par des héritages spécifiques de l'esclavage, du métissage et de la migration. Cet écart n'est pas une division ; c'est une opportunité manquée. Les contributions individuelles, comme celles d'artistes, d'entrepreneures ou d'activistes actuelles, sont célébrées, mais sans cadre collectif autonome, leur potentiel reste sous-exploité.


Parler de cette force ne revient ni à nier les acquis des luttes continentales, ni à minimiser les combats existants. Il s'agit de nommer l'absence d'espaces où les femmes afro-descendantes pourraient structurer leur organisation, en s'appuyant sur leurs expériences uniques pour enrichir le panafricanisme global.


Le 9e Congrès panafricain de Lomé : Une opportunité pour l'autonomie collective


Le 9e Congrès panafricain de Lomé, tenu du 8 au 12 décembre 2025 au Palais des Congrès de Lomé, représente un jalon historique dans cette perspective. Avec plus de 2 000 participants issus du continent et de la diaspora, il a adopté six décisions majeures, dont l'organisation d'un congrès tous les cinq ans et la création d'un bureau permanent pour coordonner les efforts entre l'Afrique et ses diasporas.


Des thématiques clés comme les réparations historiques, la restitution des biens africains, la jeunesse et la mobilisation des ressources ont été débattues, aboutissant à 40 engagements et une série de recommandations pour un développement autocentré.

Bien que les femmes aient été présentes, leur rôle spécifique en tant que force transatlantique n'a pas été pleinement structuré.


C'est précisément ici que le congrès ouvre une porte : en appelant à une réforme des institutions multilatérales et à une réinvention collective, il justifie la création d'une Union panafricaine des femmes afro-descendantes. Cette union pourrait servir de cadre autonome, reliant les luttes des Antilles, des Amériques et de l'Europe à celles du continent, sans concurrence mais en complémentarité.


Mélina Seymour Congrès panafricain de Lomé
Mélina Seymour au 9e Congrès panafricain de Lomé. Décembre 2025.

Vers une union panafricaine des femmes Afro-descendantes : Recommandations et perspectives


Pour déployer pleinement cette force, je propose quelques pistes concrètes, inspirées de mon propre parcours d'autrice et d'entrepreneure. D'abord, former des réseaux transatlantiques autonomes, comme des forums virtuels et physiques post-congrès, où les femmes afro-descendantes pourraient partager expériences et stratégies. Ensuite, développer des initiatives culturelles et entrepreneuriales, à l'image de Seymour Création, où l'artisanat béninois rencontre l'innovation narrative via des QR codes, pour valoriser les talents diasporiques.

Enfin, ancrer cela dans une spiritualité partagée, comme la mienne, nourrie des traditions yoruba et afro-caribéennes, pour infuser ces cadres d'une dimension sacrée et résiliente. Cette union ne serait pas une division, mais un amplificateur du panafricanisme, justifié par les acquis de Lomé.


La force des femmes afro-descendantes existe ; elle pulse dans nos veines, nos récits et nos actions. À la suite du 9e Congrès de Lomé, construisons le cadre qui la libérera pleinement. En tant que Guadeloupéenne installée au Canada, mère et bâtisseuse, j'appelle à cette union : un acte de renaissance collective, pour réparer et réinventer notre monde atlantique en lien avec l'Afrique.


Cette vision a du sens pour vous ? Contactez-moi!

 
 
 

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