Ambiance culturelle en milieu rural, le retour du vivant
- SEYMOUR MELINA

- il y a 4 jours
- 2 min de lecture
Ces dernières années, le monde culturel institutionnel et dit « prestigieux » a perfectionné ses dispositifs de représentation. Scénographies maîtrisées, cadres sophistiqués, discours calibrés, événements labellisés, productions symboliques valorisées par les institutions : la culture y est avant tout mise en forme.
Ce système n’est ni inutile ni illégitime. Il structure, il rend visible, il permet la reconnaissance et le financement professionnel. Mais il tend à produire une confusion persistante entre culture vécue et culture représentée.
La culture devient alors un objet :
exposé,
scénarisé,
évalué, au risque de se détacher des pratiques sociales concrètes qui lui donnent sens.
C’est cette dérive que j’ai qualifiée, dans un article précédent, d’illusion du prestige culturel.

Le milieu rural : un espace de continuité culturelle
À distance de ces espaces institutionnels fortement codifiés, le milieu rural africain demeure un lieu essentiel de continuité culturelle. Non pas par immobilisme, mais par ancrage. Ici, la culture ne se donne pas à voir : elle structure la vie quotidienne. Elle s’exprime dans des gestes ordinaires, repas partagés, veillées, chants, rythmes, rassemblements informels, sans médiation ni mise en scène.
En tant qu’Afro-descendante, je reconnais dans ces contextes ruraux une densité culturelle particulière. Non idéalisée, non folklorisée, mais fonctionnelle : la culture y joue encore son rôle social de cohésion, de transmission et de régulation symbolique.
Les travaux en anthropologie et en sociologie culturelle rappellent que la culture est avant tout une pratique sociale incorporée, avant d’être une production symbolique destinée à un regard extérieur (Mauss, Bourdieu).
Transmission et patrimoine vivant
L’UNESCO définit le patrimoine culturel immatériel comme l’ensemble des pratiques, expressions, savoir-faire et représentations transmis de génération en génération. Ce patrimoine n’existe que dans l’usage. Il disparaît lorsqu’il est figé ou transformé en décor. L’authenticité n’est ni exclusive ni passéiste. Elle n’exclut pas les publics extérieurs, elle ne s’oppose pas à la circulation.Elle repose sur une condition simple : le respect des contextes, des rythmes et des finalités propres aux communautés.
Venir vivre l’authenticité culturelle en Afrique constitue une expérience humaine profonde. Non parce qu’elle serait « exotique », mais parce qu’elle reconnecte à des formes de relation, de temporalité et de présence que les sociétés contemporaines ont largement marginalisées.
L’enjeu est donc clairement identifié :
préserver ces pratiques sans les transformer en produits culturels standardisés,
transmettre sans les dénaturer,
permettre leur évolution sans les soumettre aux logiques de rentabilité symbolique.

Il ne s’agit pas d’opposer institutions et milieux ruraux, ni prestige et simplicité. Il s’agit de reconnaître que la vitalité culturelle repose d’abord sur des espaces de vie, avant de s’inscrire dans des espaces de représentation.
Le retour du vivant passe par cette reconnaissance : la culture n’est pas seulement ce qui se montre, mais ce qui se transmet, se partage et se pratique,
Parfois, cela se joue simplement autour d’un feu, en milieu rural, quelque part en Afrique, ou comme chez moi, dans un léwoz, en Guadeloupe.




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