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9e Congrès Panafricain, Lomé 2025

Dans l’esprit d’un échange respectueux entre Africains et Afro-descendants, je partage ici une réflexion personnelle face aux nombreux messages circulant autour du 9ᵉ Congrès panafricain.

Depuis que les noms des participants au 9ᵉ Congrès panafricain ont fuité, un torrent de messages haineux, d’appels au boycott et d’accusations s’est abattu sur nous ici et sur les réseaux sociaux.



Congrès Panafricain Lomé


« vrais » aux « faux » panafricanistes : sérieusement ?


On oppose les « vrais » aux « faux » panafricanistes, on ressort les catégories héritées de l’esclavage, « esclaves des champs / esclaves de maison », et l’on transforme un moment de débat continental en tribunal moral. 


Je comprends cette colère. Je comprends cette mémoire blessée. Je comprends la douleur des Togolais qui se battent depuis plus de soixante ans. 


Mais je me permets une nuance, une seule : est-ce en s’excluant mutuellement que nous ferons avancer la cause africaine ? 


  • Est-ce en traitant ceux qui se rendent à Lomé de “charognards”, d’“imposteurs”, d’“idiots utiles” que nous reconstruirons ce que l’histoire a détruit ? 

  • Est-ce en insultant que nous ferons naître des stratégies durables ? Est-ce en jetant les uns contre les autres que l’Afrique gagnera ? 


Je ne le crois pas. 


Nous vivons dans un monde où même les puissances qui se bombardent continuent pourtant de se parler. 


En Ukraine, la guerre déclenchée par l’invasion russe en 2022 se poursuit, tandis qu’une initiative américaine menée par l’administration Trump tente de négocier un accord séparé avec Moscou et Kyiv. Et au même moment, les présidents Kagame et Tshisekedi ont été réunis à la Maison-Blanche pour signer un accord de paix.


Si les ennemis jurés dialoguent, pourquoi serions-nous, Africains et Afro-descendants, les seuls à nous interdire la discussion ? 


Le panafricanisme n’a jamais été homogène


Il a connu trois temps majeurs, comme le rappelle le Dr Amzat Boukari-Yabara dans Africa Unite : 


1. sa naissance diasporique, forgée dans les luttes antiesclavagistes et anticoloniales ; 


2. son affirmation politique lors des indépendances, avec Nkrumah, Kenyatta et le 5ᵉ Congrès de Manchester ; 


3. son appropriation institutionnelle, parfois vidée de sens par des États qui ont trahi les peuples au nom de l’unité africaine. 


Aujourd’hui, j’affirme qu’un quatrième temps s’ouvre : un panafricanisme numérique, diasporique, féministe, juvénile, transcontinental, qui circule partout dans le monde. Un panafricanisme polyphonique qui n’appartient ni à une élite, ni à une faction. C’est depuis cette position que je pose ces questions : Notre cause avance-t-elle lorsque chaque divergence devient une guerre de légitimité ?  Que gagnons-nous à recycler des catégories issues de l’esclavage pour nous insulter mutuellement ? Les peuples noirs sortent-ils gagnants lorsque nous disqualifions celles et ceux qui entrent dans cet espace, même avec lucidité et conscience ? 


Je viens pour parler entre Africains et Afro-descendants, pas pour cautionner un régime. Si les peuples qui souffrent méritent qu’on refuse le silence, alors la diaspora et les Afro-descendants doivent aussi prendre leur place dans les espaces, même imparfaits, où la parole circule. Quand on connaît l’histoire du Togo, avoir le courage d’être présent, lucide et indépendant, c’est une responsabilité. Être là ne signifie pas être complice. Être absent ne signifie pas être courageux. 


Et au lieu de s’invectiver sur la toile, échanger dans un cadre respectueux est, au contraire, salutaire. Aller à Lomé, pour certains, sera une faute politique. Pour d’autres, ce sera : l’occasion de dire des choses qui ne seraient entendues nulle part ailleurs, l’occasion de créer des liens entre sociétés civiles, artistes, chercheurs, diasporas, ou simplement de voir de l’intérieur ce que beaucoup commentent de loin. 


À mes yeux, l’enjeu n’est pas de déterminer qui est “pur” ou “impur”. L’enjeu est : qui reste du côté des peuples, dans ses décisions, dans ses alliances, dans ce qu’il ose dire ou refuser, y compris dans des espaces géopolitiques complexes. 


Je respecte profondément la position de refus absolu. 

Par contre, je revendique simplement la légitimité d’une autre stratégie : celle d’être présente, lucide, responsable, dans un lieu qu’on n’idéalise pas, mais qu’on refuse d’abandonner entièrement à la seule parole étatique. 


 Il n’y a pas une seule manière d’être panafricaniste. Il existe des chemins différents, mais un seul horizon : la dignité des peuples noirs face à l’impérialisme.



 
 
 

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