Mélina Seymour : une écriture entre mémoire, identité et transmission
- SEYMOUR MELINA

- il y a 15 heures
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Il y a des auteurs qui cherchent leur place. D’autres qui s’inscrivent dans des cadres déjà établis. Et puis il y a ceux qui avancent sans attendre qu’on les définisse, livre après livre, en construisant leur propre ligne. Mélina Seymour fait partie de ces auteurs-là.
Elle écrit depuis un endroit qui ne sépare pas la vie de l’écriture. Chez elle, le vécu n’est pas un décor ni une matière à raconter. C’est un point de départ. Une manière d’entrer dans des questions plus larges, qui touchent à l’identité, à la transmission, aux trajectoires afro-descendantes et aux déplacements entre les territoires. Depuis 2016, elle a publié huit livres. Ce chiffre pourrait donner l’impression d’une production soutenue. Mais chez elle, il ne s’agit pas d’enchaîner, il s’agit de construire.

Ses premiers ouvrages, Jeunes d’Outre-mer, le cas de la Guadeloupe et Ti kozé, au cœur de la Guadeloupe, s’ancrent dans le réel. Ils portent une attention aux voix, aux expériences, aux tensions qui traversent la jeunesse ultramarine. L’écriture y est déjà une manière de saisir ce qui se vit, au-delà des discours officiels.
Avec I can do it – Je peux le faire – Yo puedo hacerlo, elle déplace le regard. Le texte devient plus intérieur, pour encourager les jeunes à aller de l'avant, à se tenir, à avancer malgré les défis.
Puis vient l’ouverture vers la fiction. Avec Tito le Designer et La Vérité qui Libère, deux récits afrofuturistes, Mélina Seymour explore d’autres formes sans quitter son axe. L’imaginaire lui permet d’élargir les questions qu’elle porte déjà : celles de l’identité, de la projection et des futurs possibles.
À partir de 2025, son écriture s’affirme autrement. Elle prend position, tout en restant ancrée dans l’expérience.
Quand l’Afrique (r)appelle ses enfants Afro-descendants interroge le lien entre l’Afrique et sa diaspora, sans idéalisation ni rupture simpliste.
Ce que l’immigration fait au Québec aborde un sujet sensible avec une parole située, qui ne cherche ni à convaincre ni à simplifier, mais à mettre en lumière des tensions réelles.
Avec Panafricanisme culturel : l’action des femmes afro-descendantes, elle structure une réflexion sur les dynamiques culturelles contemporaines et la place des femmes dans ces mouvements.
Les formes varient, récits de vie, essais personnels, fiction, mais la matière reste cohérente. Une expérience traversée par la migration, les engagements, les ruptures, la maternité, et ce lien persistant avec l’Afrique.
Chez Mélina Seymour, le personnel ne se replie pas sur lui-même. Il devient un point d’entrée pour penser plus large. Elle ne cherche pas à se raconter pour elle-même. Elle écrit pour comprendre ce que son parcours engage au-delà d’elle.
Ce qui se dessine, au fil des livres, n’est pas une série de publications isolées. C’est une trajectoire.
Une manière d’écrire qui tient dans le temps, qui avance sans se répéter, et qui refuse de séparer la vie, la pensée et la création.
Mélina Seymour n’écrit pas pour entrer dans un cadre. Elle écrit depuis un endroit où écrire est déjà une prise de position. Et c’est sans doute là que réside la cohérence de son travail : dans cette capacité à tenir une ligne, sans attendre qu’elle soit validée.



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