De l’engagement politique à l’architecture des mots : mon chemin d’écriture, de 2016 à 2026
- SEYMOUR MELINA
- il y a 2 heures
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En 2015, je me suis présentée comme tête de liste du parti "Ambition Guadeloupe" aux élections régionales en Guadeloupe. Cet engagement fut un acte total : après des années à animer des débats sur Canal 10 et plus brièvement à La Une Guadeloupe, à interroger les silences sociétaux et à porter la voix de la jeunesse guadeloupéenne, je voulais traduire une vision citoyenne ambitieuse pour mon "Péyi Gwadloup".
La campagne m’a confrontée aux limites du politique immédiat : les discours qui s’évaporent, les promesses fugaces, les applaudissements éphémères. Elle a révélé que certaines vérités ne passent pas par les tribunes ; elles demandent un espace plus intime, plus durable.

L'écriture comme nécessité profonde...
C’est dans ce sillage que l’écriture est devenue ma nécessité profonde. En février 2016 paraissait Jeunes d’Outre-mer, le cas de la Guadeloupe, suivi en juin de la même année par Ti kozé au cœur de la Guadeloupe, publiés tous deux aux Éditions Nestor. Ces premiers ouvrages étaient des actes de résistance douce : des pierres posées pour documenter les aspirations des jeunes, réparer les silences imposés par les regards extérieurs, et murmurer ce que les plateaux télé ne pouvaient capturer pleinement.
Au fil des ans, ce fil s’est étiré, tissé plus dense et plus résilient. Il relie maintenant ma Guadeloupe natale,le Canada où je vis depuis près d’une décennie, et l’Afrique qui m’appelle comme une mémoire vivante, une force spirituelle ancrée et engagement citoyens. Écrire est devenu ma navigation dans ce triptyque créatif : mémoire des racines afro-caribéennes, voyage incessant des diasporas, renaissance quotidienne par les mots. Chaque texte polit ma pierre intérieure, affine l’outil sacré que je porte pour mieux relier, mieux transmettre.
Dix ans après, avec la parution en février 2026 de mes deux derniers ouvrages aux Éditions AB Alke Bulan – Ce que l’immigration fait au Québec – Une traversée entre identités, tensions et avenir commun, et Panafricanisme culturel : l’action des femmes afro-descendantes – Stratégie pour un retour au vivant –, je mesure la transformation complète de cette pratique.
L’écriture n’est plus seulement un legs, un refuge ou une prolongation ponctuelle de l’engagement politique : elle s’est muée en métier sacré, en architecture de l’esprit. Comme les trophées de Seymour Création, sculptés à la main au Bénin, enrichis d’un QR code narratif qui révèle une histoire entière, chaque livre sculpte une renaissance : la mienne, celle de mes lecteurs, celle d’un imaginaire afro-descendant qui refuse de se limiter aux blessures du passé.
Ces deux essais sont nés de mon vécu : l’immigration regardée sans filtre, avec ses tensions réelles et ses potentiels d’avenir commun au Québec ; le panafricanisme culturel porté par les femmes afro-descendantes, comme stratégie concrète pour un retour au vivant, à la transmission et à l’action. Ils demandent de la solitude, des heures face à la page où les doutes parlent plus fort que les certitudes, des nuits où la foi tranquille doit triompher. Mais ils offrent en lumière ce qu’ils exigent en retrait : une visibilité qui éclaire durablement les consciences, relie les diasporas, répare des fragments du monde un mot à la fois.

Prendre du plaisir à écrire sérieusement
La valeur ne naît pas de l’approbation immédiate ni des ventes du jour ; elle surgit de la persévérance, de l’exigence intérieure, de la conviction que chaque phrase bien placée peut déplacer une montagne chez quelqu’un. À tous ceux et celles qui écrivent dans l’ombre, qui doutent parce que « ça ne paie pas encore », je redis : prenez du plaisir à écrire sérieusement.
Les mots que nous posons aujourd’hui sont les fondations des lendemains que nous voulons habiter, en paix, avec amour et en force collective.
