
Le grain que tu as porté en terre d'Abomey Calavi en ce mois mémorable du Black History Month n'a l'air de rien, mais est d'une grande importance ; il germera et portera les fruits qui dépasseront même nos espoirs...
Honorable Georges A. BADA
Maire de la Commune d'Abomey-Calavi, République du Bénin
- Février 2020 -

Racines et Guadeloupe
« Je suis une fille de l'arrière-pays et je le revendique. »
Un regard sur l'île qui l'a vue naître, entre mémoire coloniale, engagement et fierté d'origine.
Citations
-
« Je suis une fille de l'arrière pays et je le revendique. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016
-
« Le créole, c'est le cri du ventre, le chant de l'âme. Il ne triche pas. » (Ti Kozé, au coeur de la Guadeloupe, juin 2016)
-
« Un pays doit puiser sa force dans ses racines et transmettre sa sève aux jeunes pousses. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« J'étais loin d'imaginer, à 19 ans, que le poids des mots, la force de l'engagement, l'intégrité du cœur prendraient une telle place dans ma vie. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« Nous avons l'essentiel sur place : les infrastructures, les Hommes et les îles ! » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« Nos aînés sont comme les vieux flamboyants rouges ou jaunes dans nos quartiers. Quand l'un s'éteint, c'est tout un pan de notre histoire qui s'en va. » (Ti Kozé, au coeur de la Guadeloupe, juin 2016)
-
« Je n'ai jamais attendu un élu pour m'impliquer dans une cause ou dans une autre. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« J'ai l'impression d'étouffer dans un schéma qui n'est pas le mien. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« Seuls les actes concrets comptent. Seules les actions justes redonneront confiance à toute cette génération. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
« Quand tu sais qui tu es, le monde apprend à te respecter. Et même s'il ne te respecte pas, toi, tu restes debout. » (Quand l'Afrique (r)appelle ses enfants afro-descendants, mai 2025.)
-
« Quitter sa terre natale, c'est parfois un acte d'amour ; y revenir, un acte de foi ; circuler entre les continents, un acte de constance. » (Quand l'Afrique (r)appelle ses enfants afro-descendants, mai 2025.)
Réflexions
-
Sur l'engagement qui s'impose sans être choisi :
« Je n'ai pas choisi cette voie, j'ai le sentiment que cet "engagement" s'est imposé à moi. » (Jeunes d'Outre-mer, janvier 2016)
-
Sur son engagement politique et Ambition Guadeloupe :
«Je crois profondément en la jeunesse guadeloupéenne [...]. Un pays doit puiser sa force dans ses racines et transmettre sa sève aux jeunes pousses. » (Jeunes d'Outre-mer, cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
Sur son rêve pour la Guadeloupe :
« Mon rêve est celui d'une enfant de la Guadeloupe qui voudrait que son île soit la plus belle de toutes, au sein de la Caraïbe et dans le monde. » (Jeunes d'Outre-mer, Cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
Sur la colère face à la Guadeloupe qui s'enlise :
« Comment ne pas l'être, quand on aime profondément son pays ? Oui, je suis en colère quand je vois ma Guadeloupe, la terre qui m'a vue naître et qui m'a tout donné, s'enliser [...]. »
(Jeunes d'Outre-mer, cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
Sur la détresse de la jeunesse :
« La détresse des jeunes diplômés ou non, de bonnes conditions sociales ou venant de quartiers de zones dites de non droit, me déchire le cœur. » (Jeunes d'Outre-mer, cas de la Guadeloupe, janvier 2016)
-
La parole comme thérapie :
« La population a besoin d'être entendue. Elle a besoin de s'exprimer et d'être prise en compte. Se savoir écouté, sans ressentir le jugement, la critique ou les moqueries de l'autre est déjà en soi une bonne thérapie. Il serait certainement salutaire que psychologues, psychanalystes, autres professionnels et bénévoles organisent des journées libres de discussions… Une façon de permettre à ceux qui en ont besoin de se libérer de nœuds divers. » (Ti Kozé, au coeur de la Guadeloupe, juin 2016)
-
Sur bâtir dans l'invisible :
« Bâtir, pour moi, n'est pas seulement un acte matériel. C'est un acte d'âme [...]. Ce que nous semons dans l'invisible est parfois plus puissant que ce que nous laissons dans
la pierre. » (Quand l'Afrique (r)appelle ses enfants afro-descendants, mai 2025.)
Réflexions
Vieillir sans horizon : la Guadeloupe face à un cycle à bout de souffle
La Guadeloupe vieillit et sa jeunesse s’exile.
Entre une population de plus en plus âgée qui continue de tenir les rênes et des jeunes contraints de partir pour espérer grandir, l’archipel se développe “sur du vieux”. Un paradoxe démographique et culturel qui révèle un malaise profond : l’ancienne corde, trop fragile, peine à soutenir les ambitions nouvelles.
Une société qui vieillit
La Guadeloupe vieillit rapidement. En 2040, quatre habitants sur dix auront plus de 60 ans (Insee). Déjà aujourd’hui, les seniors sont plus nombreux que les jeunes. Cette longévité est une richesse, une fierté, mais elle s’accompagne d’un paradoxe : les anciens continuent de tenir les rênes symboliques, économiques et politiques.

Il ne s’agit pas ici de leur enlever le mérite : cette génération a tenu debout dans des conditions difficiles, en bâtissant pierre après pierre une dignité collective. Mais sa stabilité s’est construite dans un cadre réduit : petit terrain, petite maison, petite retraite. Le “petit” est devenu la norme, et ce modèle de survie, qui a protégé les anciens, se transforme aujourd’hui en plafond pour les nouvelles générations.
“On ti kaz, on ti twavay” : le petit comme horizon
“On ti kaz, on ti twavay", une petite maison, un petit travail, résume bien l’idéal social qui a longtemps prévalu. Il ne s’agissait pas de paresse, mais d’une stratégie de survie dans un contexte marqué par la dépendance économique et la précarité.
Reconnaître cela n’est pas manquer de respect aux anciens, mais comprendre le terreau sur lequel la société guadeloupéenne s’est construite. Cette logique du “minimum vital” a permis de résister, mais elle limite aujourd’hui la projection collective.
Une jeunesse en exil
Face à ce modèle, les jeunes partent. Selon l’Insee, le solde migratoire est négatif depuis plus de vingt ans, principalement en raison du départ des jeunes actifs vers l’Hexagone ou le Canada. Le chômage des 15-29 ans dépasse régulièrement les 40 %.
Ce n’est pas un désamour pour l’île, mais une question de perspectives. “Nous perdons nos forces vives, non pas faute d’attachement au pays, mais faute de perspectives crédibles”, souligne l’économiste Véronique Bertile (Économie de la Caraïbe française, 2023).
Partir ne signifie pas trahir. Beaucoup conservent un lien fort et aspirent à revenir. Mais pour revenir, encore faut-il trouver un espace qui permette de construire grand, pas seulement de survivre petit.
Se développer “sur du vieux”
L’archipel tente de se moderniser, mais ses structures restent dominées par des logiques anciennes. La génération qui dirige encore l’économie et la politique a appris à gérer le manque, pas à créer l’abondance. Résultat : les projets nouveaux se construisent sur des cadres fragiles, incapables de porter de grandes ambitions.
Un proverbe africain dit : “C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle”. Mais en Guadeloupe, l’ancienne corde est souvent tressée de prudence et de résignation. Les nouvelles générations, en voulant prolonger cet héritage, se retrouvent avec des cordes instables, irrégulières. Le tissu social gondole.
L’imaginaire bridé
La racine du problème est profonde. La société de plantation a assigné les Guadeloupéens à des rôles subalternes dans une économie dépendante. L’école a longtemps valorisé l’obéissance plus que l’audace. La colonisation a façonné un imaginaire collectif limité : “grand” n’était pas pour nous, rêver trop haut était dangereux.
Comme le souligne le politologue Fred Reno, la construction caribéenne passe par un véritable partage de savoirs historiques, culturels et économiques, afin que les identités puissent se recréer. Or, en Guadeloupe, ce travail de transmission est souvent resté bloqué dans une logique de protection minimale, plus que dans une ouverture créative.
Cette mentalité a eu sa logique : elle protégeait du risque. Mais aujourd’hui, elle enferme. Elle sécurise, mais elle étouffe.
Un cycle à mi-chemin
La Guadeloupe est aujourd’hui coincée :
- Trop jeune pour rompre totalement avec l’ancien et inventer un modèle neuf.
- Trop vieille dans ses fondations pour offrir un sol fertile aux ambitions nouvelles.
Le cycle continue, mais il est bancal. L’ancien ne nourrit plus le nouveau. Le nouveau peine à se déployer.
Retisser autrement
Le malaise guadeloupéen actuel tient en une formule : l’ancienne corde est trop fragile pour soutenir les ambitions nouvelles. Tant que l’héritage collectif restera un plafond plutôt qu’un socle, les jeunes continueront de partir.
Rompre ce cycle ne veut pas dire rejeter les anciens. Au contraire : il s’agit de transformer leur héritage en tremplin, et non en plafond. De reconnaître leur force, tout en acceptant que leur modèle ne peut pas être celui de demain.
La Guadeloupe ne pourra pas indéfiniment “se développer sur du vieux”.
Soit elle apprend à retisser autrement, soit elle continuera de voir ses enfants filer ailleurs, à la recherche d’un horizon qu’elle refuse encore de leur offrir.
Mélina Seymour
Guadeloupe, Août 2025
Le "kok a bel poz" face au "poto-mitan"
Il existe dans l'imaginaire antillais une expression dont la puissance métaphorique dépasse la simple observation sociale : le « kòk a bèl pòz ». Au-delà du folklore, cette image du coq figé dans une superbe artificielle devient une catégorie philosophique, celle de l'être dont toute la substance est résorbée dans sa propre mise en scène. C’est l’archétype de la parade, une existence qui s'épuise dans le geste, oubliant que la vérité d'un être ne se mesure pas à l’audace de sa silhouette, mais à la résistance de sa fibre.
Dans cette dynamique du paraître, la posture n'est pas un signe de force, mais le symptôme d'une fragilité soigneusement dissimulée. On y voit la tentative désespérée de substituer l'éclat du plumage à la vaillance du caractère. Pour celui qui fait du spectacle sa seule demeure, le regard d'autrui n'est plus un échange, mais un miroir nécessaire à sa propre survie ; sans spectateur, le masque s'effondre, révélant une nudité intérieure incapable de supporter le poids du réel.

Pour la conscience qui s'est édifiée dans la rectitude et l'exigence, cette force que les penseurs de la relation ont souvent ancrée dans la conscience du lieu et de la mémoire, une telle vanité ne suscite ni admiration, ni colère, mais une indifférence souveraine. Car là où l'un fragmente son identité dans des reflets éphémères, l'autre se construit dans l'opacité protectrice de son authenticité. Il y a une incommunicabilité tragique entre la légèreté de la plume et la densité de la roche : on ne peut bâtir aucune architecture durable avec celui qui ne sait qu’occuper l’espace par son agitation.
En définitive, la rencontre entre la femme « poto-mitan », ce pilier central qui, dans l'architecture symbolique de la case, soutient l'édifice et porte les responsabilités de la structure, et le « kòk a bèl pòz » révèle une vérité implacable sur la nature humaine. Là où la première incarne la force d'ancrage, la résilience et la stabilité nécessaire à la survie du groupe, le second ne propose qu'un envol sans horizon. Face à la verticalité indéracinable du pilier, l'ostentation du coq de parade n'est plus qu'une forme sans poids : un bruit dans le vent que la moindre tempête dissipe, alors que le socle, lui, demeure.
Mélina Seymour
Welland, Ontario,
17 juillet 2026